... Le poster à la suite des commentaires aurait été trop long et moins lisible. Alors je poste un nouvel article. Maintenant que j'ai commencé à crever l'abcès, autant en finir, et tirer un trait sur cette histoire. En fait c'est une des premières fois que j'arrive à en parler sans crise de larmes. Elles sont là, toutes proches, mais je les retiens pour l'instant.
...Tiens me faire pleurer. C'était le grand jeu de ma dernière psy. Ou plutôt son critère d'efficacité. Elle me posait des questions, essayait de me faire parler sur un sujet. Si je pleurais, bingo, c'est qu'elle avait touché un point sensible. Elle s'y engouffrait alors toute entière, essayant de me pousser à parler avec ses questions. Quelque part, c'était plus efficace que la première.
La première m'intimidait. Elle était assez âgée. A onze ans je ne voyais absolument pas comment je pouvais me sentir suffisament proche d'elle pour me confier, lui parler. Elle passait des séances entières à me regarder, à tenter de me faire parler, par quelques questions. Je me souviens encore des accoudoirs du fauteuil en osier, dont j'arrachais par en dessous, sans qu'elle me voie de petites lattes, à chaque séance. C'était plus fort que moi, il me fallait faire quelque chose, vaincre, vaincre la gêne, tenir jusqu'à ce que l'aiguille de ma montre atteigne le bon numéro, la minute fatidique où elle dirait "bon, c'est finit pour aujourd'hui".
J'étais perdue, je ne voyais pas pourquoi je devais venir la voir, je ne voyais plus rien. D'ailleurs depuis un moment je naviguais à vue dans ma vie, entre mon frère qui me prenait parfois comme défouloir physique, et psychique, entre le collège où j'étais en train de péter un plomb. Avec mon monde qui s'écroulait.
Mon frère d'abord. Ces menaces constantes, les bras tordus dans le dos, les coups, savamment distillés pour ne jamais laisser de traces ailleurs qu'à mon âme. Mes parents, dépassés, qui ne comprenaient pas, qui ne voyaient jamais, qui n'avaient pas de preuves. Moi qui pleurais des heures entières en me remémorant ses menaces Tu sais même les animaux apprenent à éviter les coups [TAIS TOI], ses menaces pernicieuses qui me rendaient folle.
Le pro des remarques qui frappent juste, juste là où ça fait mal, juste là ou il ne faut pas, jusqu'à vous faire craquer, péter un plomb, crise de colère et de larmes, du genre à m'enlever toute crédibilité, à me faire passer pour une hystérique au yeux de mes parents complètement dépassés. Est ce ma faute, est ce moi la coupable, qui a tort dans cette histoire. Il n'y avait plus ni bien, ni mal, il n'y avait plus rien, plus de repères possibles.
Le collège ensuite. Ou plutôt pendant un moment. Une année exactement. Je ne sais plus comment ça s'est passé au juste, ma mémoire bloque là dessus, comme un trou noir. J'ai toujours été un peu à l'écart dans les groupes. C'est dans ma nature. J'avais des amis, mais j'étais toujours en retrait. Cette année là le retrait s'est tellement accentué, et je me suis comportée de telle manière qu'en quelques moi j'étais devenue La Paria. Le pire, je crois, c'est que d'une façon où d'une autre j'encourageais cette exclusion. Peut être me disais-je que si j'étais haïe chez moi, je devrais l'être à l'extérieur aussi, pour faire bonne mesure. Peut être étais ce autre chose. En tout cas cela atteint des proportions telles qu'un jour une prof vint me parler, me dire que jamais elle n'avait vu ça, si je tenais le coup. Je ne sais plus ce que j'ai dit avant de fondre en larmes.
Un jour ils sont "descendus", à quinze chez moi. Coups de pieds contre la porte. J'appris plus tard qu'ils avaient décidé ce jour là de tout défoncer chez moi. J'ai appris ça par un type qui a ensuite retourné sa veste, les années suivantes et s'est intégré à un groupe avec lequel je sortais parfois les années suivantes. J'aurais du mal à les qualifier d'amis, puisque la grande majorité d'entre eux étaient dans ma classe cette année là. En même temps, comment les juger, leur en vouloir, alors que moi même je participais, j'encouragais, à ma propre exclusion. Vous avez dit folle ?
C'est ce que je me disais à l'époque. Et maintenant que j'écris, je me rends compte que je suis loin d'avoir tout compris, tout digéré. Il reste encore de grands flous, de grandes zones d'ombres. Je suis encore dans la même incertitude qu'à l'époque. Qui avait raison qui avait tort ? Etais ce entièrement ma faute ? Un milliard d'interprétations sont possibles, et je me noies un peu dedans. Mon frère a continué. A peu près tout le temps où j'étais au collège. Maintenant du temps a passé, j'ai cicatrisé. Enfin presque.
Je me rends compte que ce texte est vraiment brouillon, que je mélange tout, la situation chez moi, la situation au collège. C'est peut être que j'étais vraiment mal à l'époque. Que les deux étaient liés d'une façon où d'une autre.
Le pire je crois c'était de ne pas savoir. De croire être la coupable, au final. De se dire qu'on est moins intelligente qu'un poulpe. Parceque eux réagissent à la douleur. En fait je ne sais toujours pas. Je ne sais plus ce qui m'est arrivée, réellement. Je ne sais pas où est la vérité. Etais ce normal, étais ce moi qui avait tort de "le prendre au tragique" ? D'ailleurs mon frère, j'en suis persuadée, n'avait pas conscience vraiment du tort qu'il me causait, n'imaginait pas que ça aille si loin. Il devait trouver ça normal. Etait ce normal ? Etait ce anormal ? Ma mémoire me joue t elle des tours ? Avec qui est la vérité ?
Je crois en fait que la vérité n'est avec personne, la vérité est ailleurs, la veinarde ou plutôt n'existe pas. Et ici encore moins qu'ailleurs.
[Et hop, à nouveau, les vertus thérapeutiques de l'écriture. Poster sans relire de peur de tout effacer. En tout cas merci à ceux qui m'ont conseillé d'écrire, effectivement, quelque part ça fait du bien, ça aide à y voir plus clair.
Et une note positive pour finir, même si je suis passé par de (très très) mauvais moment, après ça, j'ai finit par m'en sortir. Aujourd'hui je suis capable d'en parler plus sereinement, (j'en aurais été incapable il y a un an ou deux), aujourd'hui j'ai accepté ce passé auquel de toute façon je ne changerais rien. Je suis loin de cette souffrance que je décris dans mon texte. Aujourd'hui je m'en suis sortie. Je n'ai pas pardonné à mon frère, pas vraiment, pas pour ça, mais bon, il faut avancer.]
Commentaires :
lol
Et merde.
:D
hum hum,
Si l'abcès est crevé et qu'il fait moins mal, c'est génial.
Tu as été une victime, ne le soit plus, ne dramatise pas, n'oublie pas et que cette expérience devienne enseignement.
Bienvenu dans le monde réel, tu m'as l'air mieux préparée maintenant.
PS Les poulpes sont très intelligents !
Re: hum hum,
Je crois que j'ai fait un grand pas en avant aujourd'hui...
PS : en plus les poulpes sont BEAUX. Ces animaux sont MON IDEAL (et là je rigole toute seule comme un phoque devant mon ordi en repensant à un délire avec un ami "tu as le bonjour du poulpe" (oui oui, je m'en rends compte que j'aggrave mon cas aux yeux de ceux qui me lisent et qui considèrent mon équilibre mental comme précaire..:))
N'importe quoi ...
Donc ça ne peut pas dire bonjour.
CQFD !
Dans un sens heureusement qu'ils n'ont pas la parole, parce s'ils l'avaient en plus de leur gros cerveaux et la capacité à la préemption, ils serait pas loin de nous déloger de la place d'espèce dominante.
:-D
Je vais juste reprendre en gros ce que j'ai dit: - Oui je sais on s'connait pas..
- Bonjour :)..
- C'est normal d'vouloir sortir tout ça, c'est normal d'vouloir comprendre ce qui s'est passé, pourquoi la vie s'est déroulé comme ça et pas autrement... Personnelement, je pense que comprendre sa situation c'est commencer à guérir :) Porter une analyse presque "mathématique" sur son histoire. Facteur(s) déclencheur(s). Conséquences. Conséquences des conséquences. Si un psy peut aider à ça, pourquoi pas... Je trouve que ton message est un grand message d'espoir parce que tu essaies de comprendre ce qui s'est passé (chose que j'arrive pas à faire par exemple ^^), et puis surtout que t'acceptes le passé... Accepter son histoire et savoir qu'on ne pourra pas la changer, c'est déjà un immense pas vers "la guérison": grâce à ça, on peut organiser son futur en fonction d'son passé. Y a tellement de gens qui veulent un futur totalement neuf, totalement détaché d'leur vie d'avant, je trouve ça formidable d'être aussi consciente que toi... (Je suis c'est très embrouillé c'que j'dis ><)
Et pour finir: - J'aime les poulpes :p
Re:
- Je trouve ce que tu as dit très juste.. Il résume bien la situation les avancées que j'ai faites... Enfin ton message m'a fait plaisir, c'est bien de voir qu'on puisse trouver dans mon message de l'espoir, vu qu'au final, oui c'est un peu la leçon que j'en tires... ne pas désespérer comme dirait l'autre...
- je crois que je vais fonder un club d'adoration des poulpes. J'en vois déjà un dans mon salon (de poulpe pas de club), dans un grand aquarium. Nestor est un joli nom pour un poulpe...
Re: Re:
A la pèche aux moules-moules-moules
Je n'veux plus y allez maman
Les gens de la ville-ville-ville
m'ont pris mon panier maman
Re: Re: Re:
L'autre qui vient me casser tous mes rêves sur les poulpes. Lamentable.
Ben ce sera un poulpe schizo qui se prendra pour un pingouin. Et voilà.
Re: Re: Re: Re: Re:
ou plutôt une référence cachée que je n'aie pas vue à ma grande honte ?
La complainte de Nestor le pingouin, un truc dans ce goût là ? ;)

misschococat