Tu as (encore) tué quelqu'un...
"Tu as encore tué quelqu'un"...
Il a voulu me parler, en apparté, et c'est la première phrase qu'il m'a adressée. Mon prof d'Anglais avait le regard mi-triste mi-inquiet, vaguement craintif derrière ses lunettes.
J'ai fait mine de ne pas comprendre.
Il a récapitulé :
"première rédaction de l'année, tu devais écrire une situation d'attente, un incident, puis un dialogue. Tu as tué la grand mère, et le petit fils finissait par dialoguer avec un cadavre. Charmant. Deuxième rédaction, je ne me souviens plus du sujet, mais ça s'est mal terminé pour un des deux personnages. Ou les deux, je ne sais plus. Et là, là au bac blanc, dans la partie rédaction, tu as encore tué quelqu'un."
Il a l'air d'attendre des explications. Il est vaguement déboussolé, et c'est à peine si sa bouche ne tremble pas derrière sa barbe. J'aurais presque de la peine pour lui, mais il m'exaspère. Il m'exaspère à ne pas avoir compris que je faisais de l'humour (noir, mais c'est meilleur) dans le premier texte, ce qui à l'époque m'avait valu un laïus sur "la vie qui est dure mais qui vaut le coup quand même".
Si j'en avais envie je pourrais lui expliquer, comme je pourrais expliquer à ces gens qui surgissent à côté de moi pour m'engueuler quand je traverse la rue n'importe comment, gratuitement, pour me faire peur, me sentir vivre... comme je pourrais leur expliquer donc, que je sais que c'est stupide que c'est gratuit, que c'est dangereux, mais que non, je ne suis pas suicidaire.
Je pourrais lui expliquer, leur expliquer, que non, je ne suis pas plus déprimée que ça, pas plus que d'habitude, mais que si la mort est omniprésente chez moi, si je joue avec, c'est que je ne peux me payer le luxe de l'ignorer. Depuis que je suis petite des tas de mes proches sont morts, que j'ai actuellement deux personnes proches de moi, "en sursis". l'un condamné à mourir de cette maladie si connue, ces quatres lettres, l'autre en perpétuel sursis, pour qui je n'en finis plus de prier mes étoiles perdues.
J'ai envie de lui expliquer que la conscience de la mort me fait avancer, toujours plus loin. Me fait penser à ceux qui n'ont pas vécut, ceux qui sont restés au bord du chemin. Me fait vivre pour eux. Lui parler de Desproges, et l'humour que je préfère noir, parce que rire de la mort, c'est la braver un peu.
C'est mon carpe diem à moi. Un jour par bravade, un peu stupidement, j'ai écrit sur mon agenda "born to die".
Bizarrement c'est le genre de chose qui me fait avancer, ça joue un peu le rôle de ces "vanités", peintures représentant des crânes dans les églises, histoire de rappeller la mort. Ca m'aide à vivre, quelque part. J'ai un peu peur de la mort, mais c'est la regarder en face qui m'aide à l'accepter. Ca me rappelle que j'ai des rêves à réaliser, vite, vite, vite.
Mais je relève les yeux sur lui et je vois comme une lueur de crainte dans son regard. On m'a souvent dit "on ne sait pas comment te prendre" (ce à quoi j'ai toujours envie de répondre "laissez moi libre, merci"), et j'ai l'impression que lui le sait encore moins que les autres. Depuis la première rédaction il me traite avec mille précautions, comme si j'allais exploser à tout moment.
Alors faute de savoir que lui répondre et pour le rassurer je souris. J'essaye de mettre de la gaieté dans ce sourire. Mais à voir son expression j'ai un peu l'impression qu'il y a vu un sourire à la hannibal lecter.
Je sais, je vois dans ses yeux, qu'il me voit déjà dans le bureau de la psy scolaire, camisole de force et bave à la muselière. Je le sais.
S'il savait que depuis le début de l'année, à cause de sa barbe blanche, de sa tête ronde, et de son embonpoint, je l'imagine en père noël...
J'ai toujours détesté le père noël.
S'il savait...
Il a voulu me parler, en apparté, et c'est la première phrase qu'il m'a adressée. Mon prof d'Anglais avait le regard mi-triste mi-inquiet, vaguement craintif derrière ses lunettes.
J'ai fait mine de ne pas comprendre.
Il a récapitulé :
"première rédaction de l'année, tu devais écrire une situation d'attente, un incident, puis un dialogue. Tu as tué la grand mère, et le petit fils finissait par dialoguer avec un cadavre. Charmant. Deuxième rédaction, je ne me souviens plus du sujet, mais ça s'est mal terminé pour un des deux personnages. Ou les deux, je ne sais plus. Et là, là au bac blanc, dans la partie rédaction, tu as encore tué quelqu'un."
Il a l'air d'attendre des explications. Il est vaguement déboussolé, et c'est à peine si sa bouche ne tremble pas derrière sa barbe. J'aurais presque de la peine pour lui, mais il m'exaspère. Il m'exaspère à ne pas avoir compris que je faisais de l'humour (noir, mais c'est meilleur) dans le premier texte, ce qui à l'époque m'avait valu un laïus sur "la vie qui est dure mais qui vaut le coup quand même".
Si j'en avais envie je pourrais lui expliquer, comme je pourrais expliquer à ces gens qui surgissent à côté de moi pour m'engueuler quand je traverse la rue n'importe comment, gratuitement, pour me faire peur, me sentir vivre... comme je pourrais leur expliquer donc, que je sais que c'est stupide que c'est gratuit, que c'est dangereux, mais que non, je ne suis pas suicidaire.
Je pourrais lui expliquer, leur expliquer, que non, je ne suis pas plus déprimée que ça, pas plus que d'habitude, mais que si la mort est omniprésente chez moi, si je joue avec, c'est que je ne peux me payer le luxe de l'ignorer. Depuis que je suis petite des tas de mes proches sont morts, que j'ai actuellement deux personnes proches de moi, "en sursis". l'un condamné à mourir de cette maladie si connue, ces quatres lettres, l'autre en perpétuel sursis, pour qui je n'en finis plus de prier mes étoiles perdues.
J'ai envie de lui expliquer que la conscience de la mort me fait avancer, toujours plus loin. Me fait penser à ceux qui n'ont pas vécut, ceux qui sont restés au bord du chemin. Me fait vivre pour eux. Lui parler de Desproges, et l'humour que je préfère noir, parce que rire de la mort, c'est la braver un peu.
C'est mon carpe diem à moi. Un jour par bravade, un peu stupidement, j'ai écrit sur mon agenda "born to die".
Bizarrement c'est le genre de chose qui me fait avancer, ça joue un peu le rôle de ces "vanités", peintures représentant des crânes dans les églises, histoire de rappeller la mort. Ca m'aide à vivre, quelque part. J'ai un peu peur de la mort, mais c'est la regarder en face qui m'aide à l'accepter. Ca me rappelle que j'ai des rêves à réaliser, vite, vite, vite.
Mais je relève les yeux sur lui et je vois comme une lueur de crainte dans son regard. On m'a souvent dit "on ne sait pas comment te prendre" (ce à quoi j'ai toujours envie de répondre "laissez moi libre, merci"), et j'ai l'impression que lui le sait encore moins que les autres. Depuis la première rédaction il me traite avec mille précautions, comme si j'allais exploser à tout moment.
Alors faute de savoir que lui répondre et pour le rassurer je souris. J'essaye de mettre de la gaieté dans ce sourire. Mais à voir son expression j'ai un peu l'impression qu'il y a vu un sourire à la hannibal lecter.
Je sais, je vois dans ses yeux, qu'il me voit déjà dans le bureau de la psy scolaire, camisole de force et bave à la muselière. Je le sais.
S'il savait que depuis le début de l'année, à cause de sa barbe blanche, de sa tête ronde, et de son embonpoint, je l'imagine en père noël...
J'ai toujours détesté le père noël.
S'il savait...
Ecrit par Villys, le Jeudi 24 Avril 2003, 23:05 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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Commentaires :
Re:
Oh et puis aussi que je trouve ça glop et que j'aime beaucoup ton cynisme et euh voila j'arrête les compliments pour ce soir..
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whaaaouuu ...
Je suis comme Cameron, je trouve que tu écris merveilleusement.
Fard bis
:))
Fard bis
:))
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Cameron
Juste un petit mot, pour dire que je te trouve plus-qu'agréable à lire, j'aime ta façon d'écrire et que j'aime (bis) beaucoup ton joueb.. Surtout cet article.
Bisous